Le petite Rennes, un atelier pédagogique pour apprendre l’«heureux-cyclage»
Réparer un pneu crevé n’a rien d’insurmontable, mais quand les choses se corsent, et que les pièces de rechange, le savoir-faire, où tout simplement la place viennent à manquer, de nombreux vélos finissent leur vie oubliés dans un garage, abandonnés au bord de la route, ou à la déchèterie. Une hécatombe que La Petite Rennes, un atelier d’auto-réparation de bicyclette ouvert en mars dernier dans une petite rue qui donne sur le boulevard de la Liberté, s’évertue à endiguer, en offrant à ses adhérents tout le matériel (et les conseils qui vont avec) pour retaper leurs bécanes en bout de course. Rencontre avec l’unique mécanicien en chef.

 
Auto-réparation, atelier mobile et vente d’occasion

 
         C’est un constat que les amoureux de la petite reine font à chaque passage par le nord de l’Europe : la France accuse un important retard de développement dans le domaine du vélo urbain, et des services associés à cette pratique. Revenu d’Angleterre, où il a travaillé dans des entreprises sociales dédiées au vélocipède (terme apparu en 1818, qui a donné notre bon vieux «vélo»), Simon Thieulin s’est employé à combler ce large fossé qui nous sépare de nos voisins d’outre-Manche et d’outre-Rhin. «J’ai travaillé dans plusieurs structures très portées sur la sécurité routière, l’apprentissage du vélo à des gens qui n’en avaient jamais fait, ou à des personnes handicapées, la démarche était un peu plus commerciale qu’ici. Quand je suis arrivé à Rennes avec mon propre projet d’atelier, une étude financée par la ville venait de conclure qu’il y avait un grand besoin. On a réunit les deux projets en un seul, et c’est comme ça qu’est née l’association la Petite Rennes».

 
         Un an et beaucoup de dossiers de subvention plus tard, l’atelier ouvre enfin ses portes rue de Chicogné, avec très peu de moyens, mais beaucoup de volonté, et un coup de pouce de la ville qui fournit le hangar. «Avant, quand on n’avait pas de local, on était une sorte d’atelier mobile, on allait dans les maisons de quartier, les FJT
, les entreprises... on arrive avec nos outils, toujours à vélo, pour faire de la pédagogie, et on le fait encore aujourd’hui», raconte le mécanicien, entouré d’une panoplie de pièces détachées qui encombrent son étroit bureau. «On fait de l’auto réparation assistée, on guide les gens mais on ne fait pas à leur place, le but c’est qu’ils soient autonomes, poursuit-il. On vend aussi quelques vélos retapés, mais ce n’est pas notre objectif principal, et on ne le fait pas n’importe comment. Ils sont entièrement démontés, re-graissés, révisés... Quand quelqu’un achète un vélo, il devient automatiquement adhérent, la cotisation est comprise de le prix de vente».


 
 
«Une voiture en ville, ça ne sert à rien»

 
         Acheter un vélo à 100€ (la gamme de prix va de 60€ à 150€) revient ainsi à 80€ pour le biclou, et 20€ pour accéder du mercredi au samedi de 14h à 19h à un atelier dotés des outils et des compétences nécessaires à l’entretien de l’engin fraichement acquis. Mais la Petite Rennes est, déjà, victime de son succès : «cela dépend un peu de la jauge, quand il y a trop de monde, il faut repasser plus tard, et comme je suis tout seul, c’est trois ou quatre personnes maximum. En général, ça tourne bien, mais il faudrait des locaux plus grands... Heureusement, il y a des bénévoles qui filent un coup de main!» Simon Thieulin ne désespère pas d’obtenir prochainement les financements suffisants pour déménager, et créer un deuxième poste de responsable d’atelier. «Pour l’instant, je suis le seul salarié, à mi-temps, mais c’est pas si évident de trouver une autre personne qui s’y connaisse...»

 
         Avec 150 adhérents, et une fréquentation qui devrait continuer à croître dès la rentrée, l’association a le vent en poupe, et va retenter sa chance auprès de la Fondation de France et de Rennes Métropole, très intéressés par le projet. «On a été sélectionnés à plusieurs reprises, mais on n’a rien eu, on était encore trop en amont du projet... maintenant c’est différent, on a un bilan à présenter». La petite structure cherche aussi à étendre ses interventions hors-les-murs : «dans l’autre partie de mon temps, j’aimerai développer l’atelier mobile... au fond, on est un peu des militants du vélo, le but c’est d’équiper un maximum de gens, et qu’il y ait plus de cyclistes, car une voiture en ville, ça ne sert à rien, ça fait du bruit, ça pollue...»


 
 
Un atelier «tourné vers le futur, le recyclage, le déplacement propre»

 
         Membre de «l’Heureux-cyclage», un «réseau d’ateliers vélo participatifs et solidaires» qui fédère de nombreuses initiatives en France et en Europe, la Petite Rennes a les yeux tournés vers les villes modèles en terme de transports «doux», que l’on trouve le plus souvent en Allemagne, au Royaume-Uni, en Suède ou aux Pays-Bas. Mais c’est par la pratique que les membres de l’association entendent faire bouger les choses : «on ne fait pas de politique, c’est Rayon d’Action qui s’en occupe, et qui a par exemple fait le demande pour le local auprès de la ville. On le partage d’ailleurs avec eux, une fois par mois ils proposent du gravage de vélo», précise le responsable d’atelier. L’association travaille entre autres avec Emmaüs et des recycleries du coin, qui fournissent une abondante matière première pour la revente d’occasion et les pièces détachées. «Quand ils sont trop abimés pour être réparables, on les démonte pour récupérer tout ce qu’on peut, puis on ramène le métal qui reste à la déchèterie... toujours à vélo!»

 
         La trentaine passée, le mécanicien n’a toujours pas de voiture, et s’en porte finalement très bien : «personnellement je n’en ai pas, et quand j’en ai besoin, j’en trouve une, sinon j’ai mon vélo (que l’on voit sur la photo, ndlr.), qui me permet de transporter une certaine charge». A propos, s’il vous arrive de croiser à Rennes un livreur à bicyclette, il peut également s’agir de Jérome Ravard, qui n’est autre que le président de l’association. Auto-entrepreneur de son état, il monte en parallèle sa petite affaire de livraison de colis et de déménagement 100% «vélo-tractés». Ces inconditionnels du vélocipèdisme comptent bien redonner aux bicyclettes la place qui leur est due sur les routes : «c’est un projet tourné vers le futur, vers le recyclage, le déplacement propre. Je ne vais pas refaire toute la théorie écologiste mais quand il n’y aura plus de carburant, au moins, tout ne sera pas foutu!»


 
 
Une activité complémentaire à celle des vélocistes

 
         Pour les professionnels du secteur, assure Simon Thieulin, la Petite Rennes ne constitue pas du tout une entité concurrente : «quand on ramène une épave à un vélociste, cela ne l’intéresse pas, et le devis à 150€ refroidit aussi sec... ils se font des marges sur des VTT à 500 ou 1000€, ce n’est pas le même marché, et pour des demandes spécifiques, on redirige les gens chez eux». L’auto-réparation n’est pas non plus selon lui incompatible avec le vélo en libre-service, utilisé par un tout autre public. «Ce sont avant tout des touristes, des personnes qui sortent le soir et qui ne veulent pas se faire voler leur vélo, ou qui rentrent après le dernier métro...» Ce qui tracasse le plus le mécanicien, ce sont tous ceux qui roulent avec «des bécanes dans un état inconcevable, et qui ne veulent pas, ou qui ne peuvent pas, aligner quelques dizaines d’euros pour les réparations».


         Gare alors au guidon qui part en vrille quand le dernier frein en état finit par lâcher. Dans un tout autre registre, voici en exclusivité les dernières tendances du vélo d’occasion, et les bonnes affaires proposées par la Petite Rennes. «Les vélos de ville en roue libre avec une seule vitesse sont assez à la mode, c’est un peu un monde à part, où le vintage marche bien, on peut mettre des pièces modernes sur un cadre des années 60... on fait aussi des vélos de course, des vélos hollandais, quelques VTT, mais il ne faut pas s’attendre à trouver le Specialized en aluminium de 2007, à moins qu’on en récupère un, mais il ne faut pas trop rêver!» Et pour les connaisseurs, l’association garde au chaud un
Raleigh MK1 des années 70, «un des tout premiers modèles», indique Simon Thieulin. Avis aux amateurs...



Olivier ROTH - 24 janvier 2013 - Rennes

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Note moyenne des internautes (2 commentaires)
Note : 10/10
Note : 10/10
1. Par sam, le 08 juin 2013 à 17h24
sam

Bonjour,
pourriez-vous donner l'adresse exacte ?
merci d'avance.

Note : 9/10
2. Par CrH, le 29 août 2012 à 12h44
CrH

C'est bien, belle initiative... néanmoins la ville et les gouvernements feraient bien (enfait c'est même une obligation mais ca, leur modèle de pensés ne peut encore le comprendre voir même l'apréhender) DE REPENSER LA VILLE ! --->>>>> entierrement

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