Fais pas genre #48 • Argo
Cette semaine ce n’est pas un film d’action dont nous allons parler. Pas plus que d’un thriller, d’un film de science-fiction, d’une épopée historique ou d’un film de guerre. Cette semaine on vous parle des cinq à la fois. Cette semaine on vous parle d’Argo de Ben Affleck.
 



I’m fucking Ben Affleck


Si on peut dire sans trop craindre de représailles que Ben Affleck est un acteur au charisme proche d’une moule quand il est mal dirigé, il n’est jamais aussi bon comédien que lorsqu’il tient lui-même la caméra. En 2010, The Town avait révélé le Ben Affleck réalisateur au grand public, et par là même offert une nomination de meilleur second rôle aux Oscars pour Jeremy Renner. En 2007, Gone Baby Gone était également une franche réussite, enfin il paraît, l’auteur de ces lignes devant vous confesser qu’il n’a pas eu l’occasion de voir l’œuvre sus-citée. Enfin bref, Ben Affleck est un très bon cinéaste. Et quand on apprend qu’il réalisera un film sur la crise des otages de Téhéran avec John Goodman, Bryan Cranston et, évidemment, lui-même, l’envie de se plonger dans son prochain film se fait grande.


Autant le dire de suite, Argo est loin d’être exempt de défauts, notamment sur le plan stylistique. La réalisation de Ben Affleck se rapproche de celle du regretté Tony Scott. Très dynamique, avec son lot de caméras portées et de confusion afin de mieux marquer la tension des personnages, elle peut être fatigante mais, heureusement, ces scènes d'action restent rares. Toujours au sujet de l’image, afin de mieux restituer son récit à l’aube des années 80, la photo se veut granuleuse, désaturée, la plus proche possible des images d’archive dont elle s’inspire et qui sont exhibées fièrement avant le générique de fin afin de laisser le spectateur comparer la fiction à la réalité.



 
Argo fuck yourself


Parce qu’Argo c’est avant tout une histoire vraie. En 1979, durant la révolution iranienne qui entraînera la fuite du Shah d’Iran et le retour de l'ayatollah Khomeini, l’ambassade américaine est prise d’assaut par les Iraniens. Quelques employés réussiront à s’échapper et trouveront refuge au domicile de l'ambassadeur canadien. Dès lors, pour la CIA, l’urgence est de ramener ses ressortissants sains et sauf à la maison. Les renseignements américains font alors appel à Tony Mendez, joué par Ben Affleck, expert dans les missions d’exfiltration. Parmi toutes les idées ahurissantes qui émergeront, c’est la plus invraisemblable qui sera choisie. Tony Mendez ira en Iran en se faisant passer pour un producteur qui cherche un lieu de tournage pour un film de science-fiction largement inspiré de Star Wars, Argo, et fera passer les six réfugiés pour son équipe afin de les ramener à bon port.


Avec un scénario pareil, le principal risque était de réaliser un film manichéen comme pas deux, avec les gentils américains et les vilains musulmans. Fort heureusement, une introduction plus que bienvenue vient contextualiser le sujet. Le Shah d’Iran avait été installé par les Américains après que les Iraniens ont élu un président démocrate qui voulait rendre le pétrole à son pays. Après son coup d’État, le Shah avait alors plongé le pays dans la plus grande pauvreté tandis qu’il se gavait de l’argent des Américains. 



Argo répond aux attentes des spectateurs. Si Ben Affleck nous livre un film proche de la comédie dans la première partie, avec l’absurdité de la mission de Tony Mendez et de son plagiat de Star Wars, la seconde partie se veut bien plus haletante, parfois digne des meilleurs épisodes de 24. On n’aura jamais été autant stressé par une simple pédale d’embrayage.
Geoffroy HUSSON - 29 novembre 2012 - Rennes

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